Start-ups, ce qu’il faut comprendre… au Bénin, du moins

La start-up, le BA-bas

Les start-ups, vous en avez forcément déjà entendu parler. Même si vous n’avez certainement pas pris la peine de vous interroger plus en détail sur les tenants et aboutissants de la notion, vous savez certainement que c’est “la forme 2.0 de l’entrepreunariat.”… Du moins, c’est la réplique qui revient souvent chaque fois qu’on évoque le sujet. Un peu comme quand Google était appelé le “dictionnaire des sites web.”

En même temps, la fracture numérique qui concerne des pays comme le Bénin, est le prétexte idéal pour tenir des propos qui, sortant de la bouche de n’importe qui d’autre, mériteraient un toucher rectal au verre pilé. Mais, même la rengaine la plus convaincante ne fera pas de vous un connaisseur, et la fracture, ce n’est que ça… un prétexte.

Soyons sérieux, il est peut-être temps de clarifier votre fainéantise et de vous éduquer un tant soi peu sur ce qui fait une start-up, sur ce qui la fait prospérer, et sur ce qu’elles apportent de nouveau au monde des affaires.

 

This is Startup Meme

 

1. Qu’est-ce qu’une start-up

Si on les appellait des jeunes pousses au départ, c’est parce que l’analogie était bien trouvée. Si on continue de les appeler comme ça, c’est parce qu’on a, collectivement, autant d’imagination qu’un troupeau de vaches. Est-ce que les start-ups sont des entreprises ? Si c’est le cas, pourquoi ne pas les appeler simplement ainsi ? Est-ce en raison de leur taille relativement modeste ? Pourquoi ne pas les appeler des petites entreprises alors ?

La définition de start-up ne dépend pas des éléments structurels de l’entreprise. C’est plutôt ce qu’elle fait, ce qu’elle promet de faire qui en font une entreprise à part entière. En celà, une start-up est une entreprise “comme une autre”, qui se distingue cependant grâce à son potentiel de croissance très fort. C’est une entreprise en phase de démarrage, dont le modèle économique, le produit ou la technologie (souvent en phase de test) a les potentialités nécessaires pour en faire un acteur majeur du secteur où elle opère, à condition de prospérer.

En gros, une start-up est une entreprise qui commence à peine à fonctionner, mais qui pourrait devenir un colosse à condition qu’on l’arrose abondamment d’argent et de ressources diverses. Dit comme ça, c’est tout bête. Et l’on serait tenté de croire que toute entreprise peut être une start-up à conditon qu’on y investisse assez de ressources.

 

Sauf que, toutes les entreprises n’ont pas les potentialités suffisantes pour survivre au-delà de cinq ans (50% de taux d’échec en France, 60% au Canada ; sources : Insee et Statistique Canada). De nombreuses entreprises sont créées dans la perspective unique d’apporter un gagne-pain à leurs fondateurs. Ouvrir un salon de coiffure ou une pizzeria parce que l’étude de marché y est favorable peut rendre votre entreprise viable. Elle n’aura toutefois pas le potentiel de remplacer les autres chaînes qui opèrent déjà dans le secteur, ou même de leur apporter la moindre concurrence. C’est pour celà que la notion de start-up est souvent accompagnée de celle d’innovation et d’éléments différenciant (un point important sur lequel Gaël-Germain reviendra dans un article). Et, dans les sociétés modernes, on a bien du mal à penser à l’innovation sans envisager internet ou n’importe quel autre trucage technologique. Dire qu’une start-up est le “modèle 2.0 de l’entrepreneuriat” n’est pas exactement faux. C’est tout simplement aussi laconique que de dire que la terre est ronde (en fait la terre n’est pas tout à fait ronde, mais on n’est pas là pour un cours de géographie). Il faut aller dans le détail !

 

Même si le terme “innovation” est aujourd’hui omniprésent, il n’est en rien récent. Il a peut-être été remis au goût du jour dans les années 90, mais le concept était déjà d’actualité en 1920. La révolution radiophonique, l’avènement de l’ordinateur personnel ou encore l’invention de la calèche étaient déjà des innovations. Ce n’est pas tant la donné technologique qui apporte l’innovation, mais plutôt l’innovation qui tire profit des avancées technologiques. Vous pourriez bien créer une entreprise spécialisée dans le recyclage à la main de papier toilettes usé. Du moment où les investisseurs ont foi en la capacité de votre service à dominer le marché, vous entrerez dans la classification des start-ups. L’innovation est certes très importante, mais elle n’est pas capitale.

 

2. Quels sont les besoins d’une start-up ?

En termes de structure, de mission, de fonctionnement ou de méthodologie, il n’y a pas de moule spécifique pour les start-ups. Elles ont cela de particulier, qu’elles peuvent choisir la forme qui convient le mieux aux objectifs qu’elles se fixent, mais, dans des limites raisonnables. Personne n’ira croire que des locaux au cœur d’un lupanar, c’est ce qu’il y a de mieux pour votre jeune entreprise. A moins bien sûr, que vous n’ayez des objectifs très, très spécifiques.

 

Cela dit, il y a quelques éléments essentiels dont aucune start-up ne peut se passer : l’argent, l’argent et beaucoup d’argent. Ne soyez pas surpris, vous vous y attendiez sûrement. Une start-up comme toute entreprise a besoin d’argent pour fonctionner. Elle a besoin de pouvoir lancer ses opérations, de viabiliser son prototype, de lancer sa plateforme en ligne, de négocier des partenariats avantageux, de payer ses employés (qui pourraient accepter de vivre de pain et d’eau à condition de vivre une expérience géniale) ou n’importe quoi d’autre. Tout le monde attendra de votre start-up qu’elle pousse des ailes, qu’elle soit capable de chanter l’hymne national à l’envers et surtout, qu’elle soit prospère, très prospère.

En tant que start-up vous devrez tenir les promesses des fleurs. L’on attendra de votre entreprise qu’elle enregistre une croissance phénoménale. Et le moyen d’y parvenir c’est de financer cette croissance à grands coups monétaires. Vous aurez certainement besoin de faire des sacrifices pour votre rémunération personnelle. Mais si vous en attendez autant de vos employés et de vos fournisseurs, vous devriez peut-être envisager de revenir sur terre, ou simplement d’aller loger en-dessous. Vous économiserez pas mal de temps ainsi. Vous aurez besoin de l’argent que les investisseurs seront disposés à mettre à votre disposition. Mais vous aurez également besoin de l’argent généré par votre produit pour les rembourser. Vous aurez besoin de chaque centime que vous pourrez trouver. Et bien souvent, ce ne sera pas suffisant.

 

Une start-up doit savoir faire parler d’elle. Et lorsqu’elle parvient à capter l’attention des investisseurs, elle doit cocher toutes les cases pour rester “dans le coup”. Les investisseurs sont des gosses en bas âge atteints d’hyperémotivité et affligés d’une durée d’attention limitée. Si vous ne parvenez pas à grandir assez vite pour qu’ils restent intéressés, ils ne débourseront pas de fonds assez rapidement pour que vous restiez viables. Fort heureusement, il existe pour les start-ups, des moyens d’apprendre à gérer les apporteurs de capitaux ou de les rencontrer dans des “conditions contrôlées”.

 

Les incubateurs

Les incubateurs sont des structures qui ont pour vocation d’aider les start-ups à démarrer. Elles s’occupent généralement des entreprises qui sont encore en phase de projet en leur apportant le nécessaire en termes de formation, de ressources, d’accompagnement ou de conseils en tous genres. Elles peuvent par exemple leur apprendre à approcher les investisseurs, à capter leur attention et à négocier les accords. Elles sont souvent dotées d’un réseau étendu d’où elles peuvent piocher les contacts à même d’aider la jeune pousse à fleurir. On pourrait presque les assimiler à des hospices pour jeunes entrepreneurs, mais ce ne sont pas des œuvres caritatives.

Les incubateurs sont avant tout des entreprises qui aident d’autres entreprises. Elles doivent donc générer des bénéfices. En fonction des projets qu’elles accompagnent, elles peuvent demander d’être rémunérées en pourcentage de capital par exemple. Cela dit, certains incubateurs rattachés à des écoles ou des structures gouvernementales sont moins axées sur la rentabilité.

“Quand on ne sait pas faire une chose : on l’enseigne”.

 

Les accélérateurs

Ce sont encore des incubateurs. La différences essentielle tient au fait qu’elles n’apportent pas nécessairement les mêmes services aux entreprises que les incubateurs classiques. Il s’agit pour certaines de services complémentaires, pour d’autres de ce “plus” idéal dont l’entreprise aura besoin. Toutefois, le rôle principal de l’accélérateur est de placer la jeune entreprise sur la voie rapide.

Pour la plupart, les accélérateurs ont accès à un panel de mentors et un accès aux capitaux-risqueurs que la plupart des incubateurs ne proposent pas. Les accélérateurs n’ont pas vocation à accompagner des entreprises de tous les secteurs. Elles se spécialisent afin de garantir autant que possible aux entrepreneurs et aux investisseurs de capital-risque le succès de l’initiative entrepreneuriale.

 

Les financeurs

Il y a deux types de personnes sur cette planète. Ceux qui veulent de l’argent et ceux qui en veulent encore plus. Les investisseurs entrent tous dans la seconde catégorie. On ne tentera pas ici une classification des investisseurs pour start-ups. Entre investisseurs providentiels, capitaux-risqueurs, banques d’investissement, ou même participants des campagnes de crowdfunding, les choix ne manquent pas.

Il faut toutefois comprendre que sans ces investisseurs, les entreprises n’ont que très peu de chances de réussir la croissance exponentielle qu’on attend d’une start-up. Ce n’est pas pour autant qu’il faut frapper à la porte du premier venu pour demander un chèque. Chaque type d’investisseur est plus adapté à une étape de la vie d’une start-up. Peu de capitaux-risqueurs par exemple, enfouiront leurs sous dans la création d’un prototype à peine fonctionnel.

 

Le terreau réglementaire

Une start-up est avant tout une entreprise. Elle a donc besoin de pouvoir fonctionner dans un cadre réglementaire adéquat. De plus, les besoins spécifiques de ce type d’entreprises peuvent parfois nécessiter que les gouvernements s’impliquent. L’on n’attend pas nécessairement d’eux qu’ils procèdent à des exonérations à tout bout de champ. Mais, le gain potentiel qu’un gouvernement a de voir grandir des start-ups sur son territoire n’est pas maigre. C’est donc sans surprise que certains Etats mettent tout en place pour rendre le climat institutionnel et législatif aussi accueillant que possible.

Ceci se traduit parfois dans un régime fiscal spécial destiné aux start-ups. Pas question de leur imposer les mêmes taxes ou les mêmes règles d’enregistrement au registre du commerce et du crédit mobilier. Il y a tout intérêt à leur laisser le champ libre pour grandir, si on compte faire baisser le taux de chômage et percevoir de juteux impôts dans quelques années !

 

3. Les pays africains et le Bénin en particulier sont-ils de bons viviers pour les start-ups ?

Tout le monde semble s’être mis d’accord pour dire que la révolution numérique a commencé depuis plusieurs années. C’est vrai. Mais nous avons également la mauvaise manie, il me semble, de célébrer les anniversaires et de taire les décès. Fort heureusement, ce n’est pas d’un décès passé sous silence qu’il sera question. La révolution est en marche, elle le restera encore longtemps je présume. Mais, pour l’instant, elle semble tourner en rond.

“Une dent toute seule ne peut pas casser la noix”. La santé du secteur a autant besoin de l’input des innovateurs et des ressources des investisseurs.

 

Je n’insulterai pas une nation entière en prétendant qu’il y a pénurie d’innovateurs au Bénin. Il y en a beaucoup. Ils ne sont malheureusement pas tous bien informés. L’innovation au Bénin n’est inscrite dans aucun programme scolaire, mais est ce le cas ailleurs ?. Et la machine académique a tendance à produire des cadres qui comptent sur des postes dans la fonction publique pour parvenir à “l’indépendance financière”. Les autres, ceux qui ont l’esprit chargé d’idées et de projets, n’ont pas toujours le réflexe de se rapprocher des quelques structures d’accompagnement qui existent. Une réticence dont les causes m’échappent encore.

 

Pour ce qui est des investisseurs, il n’y a pas de recette miracle. Les investisseurs déjà présents dans le pays ne sont pas nécessairement les mieux outillés pour accompagner des start-ups. L’on parle encore en termes de “micro-finances” au Bénin. Les investisseurs nationaux sont plutôt frileux lorsqu’on leur parle de débourser de grosses sommes pour accompagner des projets trop innovants à leur goût.

Les investisseurs étrangers quant à eux sont certainement découragés par les premiers résultats des recherches Google sur “législation start-up Bénin”. En effet, le profil économique du Bénin réalisé par le Groupe de la Banque Mondiale en a certainement dissuadé plus d’un. Pourquoi partir s’installer dans un pays qui semble être devenu un antre de corruption si l’on peut s’installer dans des pays plus accueillants et sérieux dans la même région ? Il faut tout de même noter que des initiatives ont été prises et continuent d’être prises pour changer la lecture qu’ont les investisseurs du climat économique au Bénin.

En somme, il y a encore trop de carences en Afrique pour que la fièvre des start-ups s’installe vraiment. Mais ce n’est pas pour autant qu’il n’y a pas déjà sur le continent, des start-ups qui ont commencé à faire parler d’elles et qui continueront de faire couler beaucoup d’encre et de déplacer encore plus de pixels.

2 commentaires

  1. Anianou Gbo   •  

    Article très intéressant , mais j’aurais aimé que vous citiez des pays que vous trouvez propice pour y lancer une startup

    • Emmanuel SANYA   •     Auteur

      Merci d’avoir pris le temps de lire l’article.
      En effet, c’est encore loin d’être une analyse complète, mais il n’est pas exclu qu’on propose un peu plus tard des comparatifs tels que celui que vous proposez.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *